Saturday, March 12, 2016

Amour et gentillesse

Le 28 février 2016, Hillary Clinton a dit ceci : "Je sais qu'il peut sembler un peu étrange, ces temps-ci, d'entendre une candidate à la présidence dire qu'il faut plus d'amour et de gentillesse en Amérique. Mais, du fond de mon cœur, je vous assure que nous en avons besoin". Oui, nous en avons grandement besoin dans les quatre coins du monde, ce monde où la précarité et la vulnérabilité ne surprennent vraiment plus personne, avec des jeunes ne sachant plus quoi étudier, pour combien de temps, pour quel débouché ; des parents ne sachant plus quoi faire de leurs maigres revenus, s’ils en ont encore. Chômage chronique, divorce, enfants nés hors mariage, enfants abandonnés, mères célibataires, SDF, la drogue, la prostitution, la pollution, la compétition féroce dans tous les domaines, l’individualisme à outrance, la peur de l’inconnu… On est réduit à rêver de ce qu’on n’est pas ou de ce qu’on ne peut être. Mais –en même temps– on ne veut pas se résigner à constater notre impuissance, quoique démunis, écrasés, dépourvus de tout outil de changement. Même notre démocratie chérie ne nous garantie rien de plus que ce que nous pouvons –et devons– recevoir de nos heureux élus. On n’y peut rien. Le système est plus fort que nous. On n’a qu’à gérer notre colère, notre faiblesse, notre peur. Et si seulement on pouvait comprendre ce qu’il se passe autour de nous ! Mais comment peut-on comprendre un monde plein de richesse, plein de châteaux et de Limousines et où l’on nous dit ça y est, c’est la fin du travail. Vos métiers d’aujourd’hui ne vaudront plus rien d’ici peu. Alors débrouillez-vous ! On ne cesse de nous parler de plans de restructuration, de plans de sauvegarde d’emploi, de délocalisation inévitable pour sauver des entreprises nationales et des emplois ; on nous parle de déficit public, de dettes publiques, de crise mondiale… On nous bombarde matin et soir de statistiques alarmantes. Allez, débrouillez-vous ! Sans parler de guerre et de terrorisme. Sans parler de consumérisme et de solitude. Comment s’en sortir ?

Eh bien, la colère et l’indignation ne semblent plus faire recette. Mêmes les grèves et les protestations ne semblent pas à même de rapporter grand-chose ces derniers temps. On a vu ce que les révolutions ont donné tout autour de nous. Que faire alors ? Subir sa détresse et sa déprime sans agir ? On continue à souffrir en silence ? Si les ETATS n’ont plus de réponses, que pourrait un simple rêveur comme moi suggérer comme solution ? Seulement, je constate que dans de pareils temps de crise beaucoup de gens ont soif d’affection et de tendresse. On peut tous détecter sur les visages des drames personnels cachés par des sourires de complaisance. Beaucoup de gens ont besoin de se sentir aimés, et quoi de plus naturel ? Quoi plus qu’un amour sincère, une attention bien-intentionnée, pourrait nous servir de bouée de sauvetage, de canne dure et sure pour nous aider à aller de l’avant tranquillement sur notre chemin plein d’embuches ? Je parle ici, vous l’aurez compris, de l’amour du cœur. L’amour charnel est généralement à la portée de tout le monde, d’une manière ou d’une autre. Cet amour-là est certes l’aboutissement naturel de l’amour tout court, mais le contraire n’est pas toujours vrai. Il y a des époux et des partenaires qui se haïssent tout en couchant ensemble. L’amour vrai, l’amour du cœur, nous fait aimer la vie telle qu’elle est sans renoncer à nos rêves les plus fous, juste comme il nous fait aimer une personne avec tous ses défauts. En quelque sorte, on a tous besoin de cet amour ces temps-ci, où l’on a besoin de se sentir réellement en famille quand on se met à table, par exemple : tout le monde semble séparé par la télé, par les smart-phones ou autre gadget. Il y a des gens qui sont malades et qui ont besoin de cet amour. A priori, l’amour, comme la foi, ne guérit pas les maladies chroniques, mais les deux peuvent guérir les maladies psychiques, et c’est déjà pas mal. Dieu dit dans le Coran : « 10.57. Ô hommes ! Voici venu à vous un appel de votre Seigneur, qui est à la fois un remède pour le mal qui ronge les cœurs, un guide et une miséricorde pour les fidèles. » Ceci veut dire que si vous avez le diabète, vous continuez de souffrir physiquement, mais en contrepartie, vous avez la tranquillité d’esprit, l’assurance affective, la capacité de sourire du fond du cœur et de voir et jouir de ce qui reste de la beauté du monde.

Mais pour être bien aimé, il faut aussi savoir aimer. Et c'est ce que chante la chanteuse berbère, comme l'on dit chez nous. Oh combien d'amants qui se font la guerre au quotidien! (Nous y reviendrons.) De même, des gens ont peur, par exemple, de faire part de leurs émotions, de leurs sensibilités, de crainte d’être taxé de type des temps anciens. Eh bien, figurez-vous qu’en portant un regard philosophique sur la vie à partir de l’Histoire, de ces temps anciens, justement, on peut surmonter beaucoup de difficultés d’ordre psychiques. C’est parce qu’il y a de moins en moins de place pour la culture dans nos vies, c’est parce qu’on ne valorise pas l’Histoire à sa juste valeur, qu’on a du mal à comprendre ce qu’il se passe autour de nous. Aujourd’hui on voit le glamour des autres, on voit comment vivent des gens à qui a sourit la chance, on voit l’écart grandissant entre les pauvres et les riches…et on n’arrive pas à comprendre tout ça. Et ceux qui osent revenir à l’Histoire pour essayer d’expliquer l’inexplicable on les taxe de défaitisme, de déterminisme et de fatalisme !

Et qu’est-ce qu’on voit quand on regarde cette fameuse Histoire ? Et bien, grosso modo, on voit qu’il y avait avant nous, dans ces temps bien, bien anciens, et dans des temps plus récents, des gens qui jouissaient de certain glamour, eux aussi, il y a eu des beaux hommes et des belles femmes qui s’aimaient, qui faisaient des enfants, qui vivaient dans de belles demeures, qui travaillaient, pour certains, qui écoutaient de la musique, qui se promenaient dans de beaux jardins, qui se disaient de belles choses, qui faisaient l’amour, qui rêvaient de jours meilleurs, qui tombaient malades, qui divorçaient, qui se blessaient, et qui mouraient. Au moins, on a quelque chose de commun avec eux : la mort ! Ça a toujours été le cas, depuis les Babyloniens et même avant. Où sont donc tous ces gens-là, où sont leurs palais, leurs jardins, leurs bijoux... Il n’en reste plus que des mots dits dans des poèmes ou des dessins sur des murs en ruine. Cela a dit à des personnes qu’il faudrait mieux voir ce qui est plus essentiel dans la vie. Certains pensent beaucoup plus au Paradis de l’Au-delà qu’à ce bas monde. D’autres essaient d’établir un certain équilibre entre le désir de ce monde et le désir du paradis. Mais au moins ils font quelque chose : ils pensent. Ils réfléchissent. Ils comparent. Ils se détachent de la masse et se donnent le temps de tout considérer en dehors de leurs corps et de leurs besoins urgents et pressants pour voir plus clair avant qu’il ne soit trop tard. La vie s’écoule très, très vite. Et on n’a pas toujours le temps de se donner la peine de réfléchir, à moins qu’on tombe sur quelqu’un qui réfléchisse à notre lieu et place. L’Histoire nous enseigne que la vie est si belle pour celui qui la comprend bien. Elle nous apprend que l’on peut vivre heureux avec le strict minimum si l’on arrive à définir nos besoins essentiels de nos besoins imposés par la société où nous vivons. A nous de savoir comment prendre de la distance par rapport à notre société pour bien discerner ce qui est essentiel de ce qui ne l’est pas. Ce serait un pas géant vers la quiétude qui nous rendra moins dépendants de beaucoup de choses qu’on n’a pas, de beaucoup de personnes que nous estimons indispensables, irremplaçables. L’Amour de Dieu est la seule chose qui soit indispensable, irremplaçable. Dieu n’a pas besoin de notre amour, c’est nous qui avons besoin de son Amour, et c’est Lui qui nous donne cet amour, c’est Lui qui nous fait aimer les uns les autres. N’a-t-il pas dit : « 30.21. Et c'en est un autre que d'avoir créé de vous et pour vous des épouses afin que vous trouviez auprès d'elles votre quiétude, et d'avoir suscité entre elles et vous affection et tendresse. En vérité, il y a en cela des signes certains pour ceux qui raisonnent. »

Le mot-clé est donc ‘quiétude’. Dieu dit dans le Coran : « 70.19. En vérité, l'être humain est, par nature, versatile :70.20. il est pusillanime quand un malheur le touche, 70.21. et il est plein d'avarice quand il devient riche, 70.22. excepté les orants 70.23. qui accomplissent régulièrement leurs prières la salât, 70.24. qui prélèvent sur leurs biens la part due la zakât 70.25. au mendiant et au pauvre démuni, 70.26. qui croient fermement à la vie future … » L’Homme a peur de la maladie, de la mort, de la pauvreté, entre autres. L’Homme a besoin de se sentir rassuré, protégé, en sécurité. Il est tout à fait naturel que l’on cherche cette paix intérieure auprès de personnes les plus proches de nous. Certains disent que l’on aime d’autres personnes si on n’a pas reçu soi-même un certain degré d’amour (durant son enfance, par exemple). Cet acte d’amour serait alors comme une demande d’amour, c’est comme si on paie d’avance quelqu’un(e) par notre amour pour que cette personne nous aime en retour. La chanson Ne me quitte pas, serait-elle une simple déclaration d’amour ou plutôt une véritable demande d’amour, un appel au secours ? C’est peut-être ce qui expliquerait le fait qu’on pourrait aimer plus d’une personne dans sa vie. Ce ne sont-là que des hypothèses, bien sûr. Mais il parait qu’on a plus besoin d’amour et d’affection en des temps de crise (ou à fur et à mesure qu’on avance dans l’âge). Parfois on tente de provoquer, de susciter cet amour en travaillant (en soignant au maximum) son apparence physique.

Que l’on aspire à être aimé, ça se comprend. Que dire de ceux qui font montre de leur amour au point de la passion, genre poètes légendaires arabes et autres ? Qu’est-ce qui serait le plus important : de se faire aimer ou de porter son amour à autrui ? Est-ce qu’on n’a pas tous le droit d’être aimés puisque l’amour n’a pas de pré-requis ? (Apparemment, ni la couleur de la peau ni la beauté physique ni même la bonté du cœur ou du caractère ne semble constituer un pré-requis pour aimer ou être aimé. La belle peut aimer la bête, n’est-ce pas ? ) Mais pourquoi devrait-on être aimé si on n’est pas toujours disposé à donner de l’amour en réciproque, à accepter en mariage, par exemple, celui qui nous comblerait d’amour et de tendresse ? L’aimer, d’accord, mais est-il facile d’aimer ? N’y a-t-il pas risque de voir son amour se transformer en servitude ? Garderait-on sa liberté, son égo naturel, sa dignité si son amour devait être pris à la légère ?

L’amour fait peur. Dans le pire des cas, il se peut que celui qui aime soit déçu(e), choqué(e), humilié(e) ou même poussé(e) à la mort. Dans le meilleur des cas, il se peut qu’un accident de la vie (une mort naturelle, par exemple) mette fin à une relation amoureuse longue et pleine de bonheur et de joie. Un vrai dilemme, n’est-ce pas ? Peut-être que ce n’est un dilemme qu’en théorie. Il y a plein de gens qui s’aiment, qui vivent en famille, qui ont des enfants, et pour qui tout se passe bien. Le problème serait donc l’excès. Eh oui, parfois on aime quelqu’un qui ne nous a rien donné, pire, qui nous a fait beaucoup de mal, bien qu’on ait envie de l’accaparer en quelque sorte. Ça peut paraitre drôle, mais il y a plus d’un grand maître soufi qui nous disent que personne n’a jamais aimé autre que Dieu. Leila, Bouthaina, Azza et toutes les autres femmes légendaires archi-connues et immortalisées par des poètes arabes dans leur poésie d’amour ne seraient en fait qu’une image de la beauté divine. N’étant pas capable de voir Dieu, le poète exprime tout son amour, sa passion, sa gratitude, sa reconnaissance …en s’adressant à une femme, où il voit toute la beauté, la grandeur et la sagesse du monde. On dirait que c’est bien si l’on arrive à ce point d’amour passionnel sans perdre la raison. Mais pourquoi devrait-on contrôler son amour et aimer avec modération si déjà on aime à en crever ? On aime ou on n'aime pas. Dieu dit : "3.31. Dis-leur : "Si vous aimez Dieu réellement, suivez-moi et Dieu vous aimera et vous pardonnera vos péchés. Dieu est Indulgent et Miséricordieux." Dieu n’en demande pas plus. Au contraire, Dieu aime les fidèles infiniment plus qu’ils pourraient jamais l’aimer. Le Prophète Mohammed (Paix et salut soient sur lui) nous informe qu’Allah dit : "Je suis avec Mon serviteur, selon l'opinion qu'il se fait de Moi, et je suis avec lui lorsqu'il Me mentionne. S'il Me mentionne en lui-même, Je le mentionnerai en Moi-même, et s'il Me mentionne dans une assemblée, Je le mentionnerai dans une assemblée meilleure que la sienne. S'il se rapproche de Moi d'un empan, Je Me rapprocherai de lui d'une coudée, et s'il se rapproche de Moi d'une coudée, Je Me rapprocherai de lui d'une brassée, et s'il vient à Moi en marchant, je viendrai à lui en Me hâtant." Si Dieu, qui nous a tout donné, n’exige pas de nous un amour disproportionné, pourquoi ne se contenterait-on pas d’un simple (témoin de) sentiment de respect et d’estime qui ne nous fasse pas de mal ? Et si, par malheur, personne ne s’intéresse à nous, si personne ne nous offre un bouquet de fleurs ou nous dit des mots tendres, si personne ne pense à nous au-delà de ceux qui nous entourent, parents et frères et sœurs… ? Est-ce que cela veut dire qu’on ne mérite pas ce "petit plus d’intérêt" qui flatterait notre égo ? Est-ce que cela veut dire qu’on n’a rien de spécial et que ceux et celles qui sont aimés sont bien meilleurs que nous ?


No comments: