Wednesday, September 16, 2015

Maudit Maroc, joli Maroc

On a libéralisé l'espace audio-visuel au Maroc, voici ce que ça a donné.

"…Mais est-ce que nous ne sommes pas des citoyens comme les autres ? On ne veut pas grand-chose, nous autres ? Nous ne voulons pas la lune. Tout ce que nous voulons c’est un peu plus de dignité, de respect. Nous voulons sentir que nous sommes traités sur un pied d’égalité avec nos autres compatriotes. Nous aimons notre pays et nous voulons sentir à l’aise dans notre pays. Mais comment peut-on sentir à l’aise alors qu’on est coupé du monde : pas de routes, pas de centre de santé, pas d’écoles, pas d’électricité, pas d’eau potable, pas d’ambulances, pas de justice… ? Et quand on frappe aux portes de nos responsables, ils refusent de nous écouter… Vous comprenez, Si Hussein ? On est ici sur le bord du chemin… Il n’y a que vous qui nous écoute, Si Hussein !"

Hussein est le présentateur de l’émission "barlamane echaâbe" (Parlement du peuple) sur Radio Chada FM. Ceux qui se plaignent dans son émission appellent d’un peu partout du Maroc, des zones plus ou moins reculées, des banlieues de villes et parfois même de centres-villes. Ils parlent tous de hogra, ce sentiment amer d’injustice. Hussein, lui, me semble-t-il, verse de l’huile sur le feu. Il redit ce qu’on lui dit, et en rajoute un peu. Et ce n’est à moi de le juger. Seulement, je constate qu’il n’est pas le seul à faire une telle émission. Il y en a une autre sur Radio MFM. Mêmes appels, mêmes plaintes, mêmes commentaires. Que faire alors ? Sur cette même antenne il y a une émission qui s’appelle "chououne" (Affaires), à laquelle le présentateur, Khalid el Kiraoui, invite des élus locaux pour leur poser, entre autres, des questions relatives à la gestion quotidienne de leurs communes. Les plaintes susmentionnées s’invitent au débat. Quand des élus refusent de se présenter à l’émission, le présentateur fait appel à des membres de la société civile.    

Un jour, le présentateur de "chououne" bondit dans son siège lorsqu’on lui dit qu’un président de commune dans la région d’El Jadida a à sa disposition une bande qui n’hésite pas à agresser tout individu qui oserait le critiquer ou lui faire opposition. Les invités de ce jour-là, tous des membres de la société civile de ladite commune, ont "confirmé" les propos de l’un d’entre eux qui s’est dit victime d’une agression de la part de cette fameuse bande qui aurait pu lui coûter la vie… Un auditeur de la région de Béni Mellal appelle l’émission pour dire que le président de la commune où il vit "fait la même chose" ! "Mais que c’est horrible ça ! On est où là ?" s’exclame le présentateur de l’émission. Seulement voilà que celui-ci invite à son émission des membres de tous les partis politiques représentés dans les communes du royaume. Et les gens écoutent. El ils font la part des choses. Et ils attendent les élections. Les résultats des dernières élections communales et régionales (septembre 2015) rendront, peut-être, justice à certains plaignants –sachant que les manœuvres politiques et les alliances politico-personnelles post-électorales pourraient parfois s’avérer décevantes. 

Mais on ne se plaint pas que de nos responsables ! On se plaint de la société, de nos voisins, de nos proches, de nous-mêmes, quoi. Dans son émission "taht assifr" (Moins zéro degré), le professeur Abderrahime el Atry décortique, sans aucun réserve, les maux dont souffre notre société. Des appels d’auditeurs vont dans le sens de ce qu’il dit : sur le bon voisinage qui n’existe plus, sur les femmes qui sont devenues prostituées parce qu’elles n’arrivent plus à payer leurs dettes aux banques, sur les délinquants qui pratiquent le "tcharmil" (des gars attaquent des gens pour leur voler leurs bijoux, téléphones portables, etc, puis étalent leur "butins" sur leurs pages Facebook). El Atry parle de beaucoup, beaucoup de choses qui "ne font pas honneur à notre société". Seulement, je constate que beaucoup de ce qu’il dit peut facilement et objectivement se dire de beaucoup d’autres sociétés dans ce monde mondialisé.

Au moins nos chères radios ont le mérite de nous donner l’occasion de nous plaindre, de dégonfler nos cœurs. Et il y en a plein d’émissions où vous pouvez faire cela. Une gamine de 13 ans, qui a un peu de crédit dans son portable, peut occuper toute une demi heure d’une émission nocturne rien qu’à raconter ses déboires avec son papa qui ne la comprend pas vraiment ou  ne lui donne pas assez d’argent, ou avec son camarade de classe qu’elle aime à en crever mais à qui elle ne peut rien dire… Plus sérieux, et c’était juste avant-hier (le 08/09) sur Med Radio, une dame de Salé a raconté à Tayeb Koribane, ce désormais célèbre présentateur-prédicateur, sa mésaventure avec son mari. "Il m’a menti dès le début," raconte-t-elle avec le sang froid d’une femme résignée, désabusée. "Il s’était marié avant moi et il avait deux enfants de son premier mariage, mais il ne me l’a pas dit… Et peu après notre mariage, j’ai découvert qu’il buvait et qu’il sortait avec d’autres femmes… Maintenant, ça fait onze ans que  je ne lui parle plus. Nous avons cinq enfants, quatre filles et un garçon. Pendant dix-neuf ans je lui disais toujours, ‘Pense à tes filles au moins. Il pourrait leur arriver ce que tu fais avec les autres femmes.’ » Mais lui il ne m’écoutait jamais. Parfois, ses maitresses s’invitent jusque chez moi comme des intrus. Il les ramène même à la maison en mon absence. Ah si vous le voyiez quand il rentre à la maison en état d’ivresse ! Et en plus de ça, il ne dépense rien sur sa petite famille. C’est seulement ma famille à moi qui m’aide. Qu’en pensez-vous, docteur Koribane ? Est-ce juste ? ça fait trente ans que je souffre comme ça. Tous les jours. Et quand il me voit en train de faire mes prières, il me dit : ‘Hé-hé, Rabiâa el Adawiya ? Tu iras bien au paradis !’ …" Que pourrait Docteur Tayeb Koribane lui dire sinon lui conseiller de faire preuve de plus de patience et d’endurer ses souffrances ? Apparemment, la femme en question n’en attendait pas plus. Il suffit de dégonfler son cœur.

D’autres plaignants, en revanche, veulent du concret, des conseils pratiques. Ils veulent savoir comment bien éduquer leurs fils, assurer une bonne scolarité à leurs filles, mieux gérer leurs relations conjugales. D’autres encore appellent des émissions pour demander l’interprétation de leurs rêves. Et oui, il y en a des émissions pour ça aussi. Car cela rapporte de l’audience, et donc de l’argent.
D’autres personnes ne se plaignent pas du présent, mais plutôt du passé ! Et ils le font avec le sourire, mes dames et messieurs. Dans son émission "riht eddowar" (La senteur du douar), sur Radio MFM, Mohamed Atir va de douar en douar, de souk en souk, pour demander à des gens de la campagne de lui raconter leurs petites histoires. "Moi, je ne portais jamais de pantalon,  je n’en avais pas. Juste la djellaba !" "Moi, je devais casser une bouteille pour me raser avec un bout de verre ! On n’avait pas de rasoirs !" Ces gens-là existent encore. Beaucoup d’entre eux ont fondé des foyers. Beaucoup d’entre eux ont des postes de télé, des téléphones portables ; certains ont des voitures ou des tracteurs. Certains de leurs enfants sont devenus des cadres qui reviennent au bled pendant les vacances en Mercedes. C’est, peut-être, pour cela qu’ils racontent leurs historiettes avec le sourire, autour d’un verre de thé…

Et c’est comme ça qu’on sort, petit à petit, de ce Maroc "maudit" pour rentrer dans un Maroc plus joli, plus gai. On rentre dans le Maroc des dédicaces. Il n’y a pas de radio ou presque qui ne soit en mesure de contenter son auditorat qui réclame ce genre de chose. Il y en a pour tous les goûts. De Hit Radio à Cap Radio, en passant par Med Radio, Radio MFM, et la liste est longue. Pour les nostalgiques, la radio régionale de Casablanca passe des chansons de la belle époque, "azzamane aljamil", comme l’on dit ici des années soixante-dix et avant. Sur d’autres antennes aussi, surtout la nuit, on peut encore écouter Oum Kaltoum, Farid el Atrache, Abdel Halim Hafez, et autre Warda.
Dans ce joli Maroc il n’y a pas que la musique. Il y a la cuisine aussi. A écouter ces merveilleuses dames et demoiselles étaler leur savoir culinaire sur plusieurs de nos antennes FM, vous diriez que les susmentionnés plaignants n’appartiennent certainement pas au Maroc ! Seulement, il faut tempérer un peu. Le joli Maroc atteint son apogée sur les émissions de sport, sur Radio Mars et d’autres radios. Mais attention ! Il faut que l’équipe nationale gagne, sinon les plaignants resurgiront ! 
Et il y a une radio un peu spéciale, un peu à part. C’est Luxe Radio. Comme son nom l’indique, on y parle de la belle vie, mais pas que. A écouter deux de ses émissions on a l’impression de vivre dans un Maroc autre. Un Maroc où il n’y a pas 10 millions d’analphabètes. Un Maroc qui a su en moins d’un siècle donner naissance à des générations d’hommes et de femmes hautement qualifiés, capables de débattre de tout, chacun selon son domaine, dans la sérénité, dans une manière on ne peut plus civilisée. Les désaccords de points de vue il y en a, le respect mutuel aussi. L’islamiste peut débattre avec le communiste sans en venir aux mains. Et c’est ce qui est de plus joli de tout ce qui est joli dans ce joli Maroc, que j’aime.

Mohamed Ali LAGOUADER
Mohammédia, le 10/09/2015

L'ère PJD

Beaucoup de gens ont été pris de court par la percée fulgurante (qualifiée par certains de raz de marée) du PJD aux dernières élections communales et régionales au Maroc. Les commentaires sont depuis allés dans tous les sens en tentant d’expliquer ces résultats pour le moins inattendus en quantité et en qualité. Quantitativement, le PJD est arrivé premier sur les régionales et troisième dans les communales Qualitativement, le parti à référentiel islamiste, comme dit l’autre, est en passe de prendre les commandes dans plusieurs grandes villes (dont Casablanca, Rabat et Fès). Qui a / aurait donc voté pour le PJD au point de lui conférer cette confortable position ?

Je ne vais pas reprendre ici ce que j’ai déjà dit dans mon article  "Réflexions sur la fin de l’Histoire". Il est disponible sur mon blog LE TAILLEUR DE MOGADOR. Mais je vais néanmoins rappeler une partie de notre histoire récente. Seulement, il me semble peut-être judicieux d’ouvrir une parenthèse pour raconter trois petites anecdotes.

* Un jour il y a quelques années de cela, je me suis trouvé chez un réparateur de bicyclettes au quartier populaire Hay Ennahda à Mohammédia, où l’on a relogé d’anciens habitants de bidonvilles. Au moment où le monsieur était occupé à réparer ma bicyclette, un enfant de treize ans se présenta, une roue à la main, et demanda quand sa bicyclette à lui serait réparée. Le monsieur lui répondit :

-  Tu ne peux pas attendre un peu ?
-   Non, je suis désolé. Je dois aller à l’école.
- Mais de quelle école parles-tu, espèce de crétin ? Ne sommes-nous pas le dimanche ? Quelle école est ouverte le dimanche ?
-  Mais vous êtes ignorant, monsieur ! L’école coranique, bien sûr ! Je dois aller à l’école coranique et je reviendrai chez vous l’après-midi…

L’école coranique dont parlait l’enfant était dans le quartier juste à côté, Hay Riyad Essalam, lequel n’est pas un quartier populaire du tout et l’enfant lui-même n’avait pas l’air d’appartenir à une famille pauvre.

* Un des cybercafés dans un autre endroit de la ville était tenu par un jeune homme qui apparemment consommait des juins. Un jour où je me suis trouvé dans ce cyber, le jeune présumé consommateur de juins s’absenta pour quelques moments laissant à sa place deux autres jeunes hommes qui, eux, avaient bien l’air d’habitués aux juins. Seulement voilà que leur petite discussion pendant que j’étais au cyber ne fut pas du tout du genre auquel vous vous attendriez. Il vous serait peut-être invraisemblable, mais ces deux braves jeunes gens parlaient de religion ! A les entendre parler ainsi, sans voir leurs visages, encore moins les juins entre leurs doigts, vous auriez juré qu’il s’agissait de personnes religieuses, pieuses…

* Un autre jour, alors que j’allais à pied dans Quartier la Colline, un quartier de villas, je fus un peu surpris en entendant une partie de ce que se disaient trois femmes en djellabas entre la porte d’une villa et une belle Mercedes. Savez-vous de quoi elles parlaient ? Non, elles ne parlaient pas du Hammam, ou de Marjane (un des grands malls de Mohammédia), ou même de la coiffeuse. Elles parlaient du nombre de hizbes (chapitres de coran) que chacune d’entre elles avait jusque là réussi à apprendre par cœur et de quand elles pourraient se voir pour continuer l’apprentissage du Saint Coran…Dans ce même quartier (de villas, je répète) il y a aussi une  école coranique privée.

Maintenant, revenons un peu en arrière. En 1970 j’avais quatre ans. Mes parents, pauvres et illettrés, me firent entrer une école coranique, comme l’on faisait un peu partout au Maroc. Pendant les vacances d’été suivant ma deuxième année d’école primaire, ma mère me fit entrer à une toute petite école privée dans un quartier populaire. Et c’est là que j’ai découvert le français. Après ces deux mois de vacances passés à la petite école privée, je retournai à l’école publique, où je devins vite un des meilleurs de la classe en grammaire et en conjugaison françaises. Les deux mois de vacances d’été d’après je les ai passés dans une petite école privée dans un autre quartier populaire. Et là mon institutrice et le propriétaire de l’école furent « émerveillés » par mon français, surtout ma façon de lire le livre. A mon retour à l’école publique, mon maître de français n’eut de cesse de me bombarder de questions, genre : "Que fait votre père ? Que fait votre mère ? Où avez-vous appris le français ? Y a-t-il quelqu’un qui vous aide à la maison ? Que comptez-vous devenir à l’avenir… ?" Un jour, ce maître de français me demanda, le tout innocemment du monde, de lire un texte dans le livre. A peine avis-je commencé à lire que le maître se mit à courir en direction de la salle de cours d’à côté. Stupéfié, j’arrêtai ma lecture. Le maître revint et avec lui son collègue qu’il était allé chercher dans la salle d’à côté. "Lagouader," me fit-il, d'une voix un peu haletante, "reprenez dès le début !" Et avec l’innocence des enfants, je me mis à relire le texte. "Qu’en pensez-vous ?" dit notre maître à son collègue. "C’est merveilleux," lui répondit l’autre. Je ne vais pas raconter d’autres anecdotes   comme cela, il y en a. Je vais tout simplement dire que la langue française n’est pas loin de ce que nous avons vécu lors de ces dernières élections.

Personnellement, je n’ai jamais pu maîtriser le français. Mon français reste encore moins qu’embryonnaire. Je ne peux pas, par exemple, parler en français à la radio, encore moins à la télévision. Pour la simple raison que, durant toute ma vie professionnelle, je n’avais pas eu l’occasion de communiquer en français au quotidien. (J’avoue, quand même, que j’ai refusé d’enseigner le français dans deux écoles primaires privées pour des questions de salaire.) Même quand j’enseigne l’anglais, dans des petites écoles privées, on me demande souvent d’expliquer des choses en arabe. Je suis donc resté, en matière de langues, quelqu’un de l’écrit. Je peux écrire des poèmes en français sans aucun problème. Mais ce n’est pas le cas d’autres personnes de ma génération qui, eux, ont eu la chance de pratiquer au quotidien la langue française. Il y en a même ceux qui ne parlent que le français même à la maison. Et c’est de là que provient un des éléments qui ont fait de notre société ce qu’elle est.
Si le français a été pour les uns un moyen de mobilité sociale, il a été pour d’autres un moyen de distinction sociale. Parler bien en français en public est synonyme d’appartenance à une certaine élite, à une certaine classe. Au début, c’était les Fassis (terme général désignant les bien-nés) qui parlaient français, pour des raisons historiques. La massification de l’école, l’enrichissement progressif de certaines franges de la société par le biais de commerce ou par la fonction publique ou par l’expatriation (en France, notamment) et la télévision –tout ça a rendu possible la maîtrise du français par un plus grand nombre de gens –jusqu’à ce que l’école publique, de plus en plus arabisée, ne devienne, au contraire, un frein empêchant des milliers et des milliers de gens d’accéder à ce statut d’élite francisante. Et c’est là un autre moment de l’histoire.

Avant même l’Indépendance (en 1956), l’élite "conventionnelle", hautement qualifiée, se nourrissait de la culture occidentale. On lisait Jean-Jacques Rousseau, Karl Marx, Hegel, Montesquieu, la littérature grecque, Freud, etc. On se moquait de ceux qui lisaient "les livres jaunes", en langue arabe  imprimés localement ou importés du Machriq. Cette élite, souvent politisée, a pu naturellement accéder à des postes de responsabilité, ouvrant la voie à une certaine hérédité –tel père, tel fils. Et au moment où de nouvelles perspectives, encore plus prometteuses, s’ouvraient devant la progéniture de cette élite, gâtée par l’opportunité historique d’alors, le développement des événements a fait que, après l’Indépendance, on devait Marocaniser l’administration. Cette Marocanisation progressive a fait que la langue arabe prenne de la place en parallèle ou au dépend de la langue française. Le facteur démographique a eu de conséquence, entre autre, la multiplication de facultés et d’universités, où, par la traduction en arabe, des filières tout en entières seront dispensées en arabe. Et donc de plus en plus de profs n’auront plus besoin de maîtriser le français, ni même l’arabe littéraire. Un prof d’histoire et de géographie en langue arabe touchera le même salaire et aura la même échelle qu’un prof de physique-chimie en français. L’un et l’autre pourra vivre décemment, se faire construire une maison ou même une villa, se procurer une belle voiture. L’un et l’autre pourra s’exprimer comme bon lui semblera, lire ce qu’il voudra, rejoindre le parti politique de son choix, etc. Une  nouvelle élite est donc née. Il ne lui restera que "l’opportunité historique" pour qu’elle se manifeste davantage.

Des événements malheureux qu’a connu notre pays, où ont été impliqués, d’une manière ou d’une autre, à tort ou à raison, des membres de l’ancienne élite, tendant souvent à gauche, a fait que des adversaires de cette élite ont pu avoir de la voix et, petit à petit, la possibilité de concurrencer, puis d’évincer partiellement une partie de cette élite-là. A partir de 1990, à l’aune de la crise du golf, la gauche, qui jusque là monopolisait ou presque le champ de la protestation dans les campus et facultés s’est vue affrontée à une mouvance nouvelle avec un référentiel nouveau. Camarades contre frères. Evidemment, ce face-à-face s’est poursuit et prolongé, d’une manière ou d’une autre, dans la sphère politico-médiatique. Si les uns continuaient à lire (et à écrire dans)  L’Opinion et Libération, entre autre, d’autres auront désormais la possibilité de s’informer (et de s’exprimer) dans des supports tels que Aljarida Achaâbiya de Mohammed Adib Slaoui (Maroc) et Al-Muslimoon (Londres.

Ce fut dans ces circonstances que naquit le PJD dont on parle beaucoup aujourd’hui.

Les quartiers Ennahda et Riyad Essalam, dont je parlais tout à l’heure, n’existaient pas encore en 1990. Il y a désormais trois grandes mosquées dans ce seul secteur, toutes construites après cette date-là. Dans la commune rurale de Béni Yakhlef, juste de l’autre côté de la ville, on a relogé tout récemment les habitants de plusieurs bidonvilles de Mohammédia et de Béni Yakhlef même. Et la première chose qui vous frappera en visitant cette partie de la commune c’est les minarets des trois mosquées nouvellement construites. Et ce n’est pas anodin que j’ai fait référence tout à l’heure à mon article sur la fin de l’Histoire. Il y a une logique historique à tout ce qui se passe aussi bien dans notre cher pays qu’ailleurs dans le monde. L’ancienne élite est suffisamment mure pour comprendre le cheminement de l’Histoire. La nouvelle élite, de son côté, ne devrait surtout pas se laisser leurrer par des succès électoraux. Les deux élites sont appelées à mettre la main dans la main pour servir ce pays, pour surmonter nos difficultés économiques présentes et futures afin de préserver la paix sociale. Sinon, on parlerait toujours de clivage, de ligne de partage.  Il suffit d'une provocation de l'une ou de l'autre partie pour que la ligne de partage se dessine comme un arc-en-ciel. Il faut à tout prix éviter cela. Amitiés.

Mohamed Ali LAGOUADER


Mohammédia, le 08/09/2015

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